Carmel de la Trinité
Metz-
Plappeville
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L’humilité est le ciment de notre édifice spirituel.(Ste Thérèse d'Avila)

 

vierge_en_feu.JPGHomélie pour la solennité de Notre-Dame du Mont Carmel
Carmel de Plappeville – Dimanche 16 juillet 2017


La Vierge Marie, la mère de Jésus, est maîtresse d’intériorité. A travers les récits évangéliques nous devinons la richesse, la profondeur, de sa méditation. Saint Luc nous le dit explicitement lorsqu’il écrit à deux reprises que « Marie gardait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19.51). Il s’agit des événements qui entourent la naissance et l’enfance de Jésus. Mais on peut l’étendre, sans crainte de se tromper, à tous les événements de la vie de son fils, jusqu’à sa mort et sa résurrection. L’Eglise – qui est profondément mariale – ne cesse de poursuivre cette méditation, d’y alimenter son amour du Christ et son zèle pour annoncer l’Evangile. Marie, Notre-Dame du Carmel, est Notre-Dame de l’intériorité. 

Frères et sœurs, reconnaissons-le : être des femmes, des hommes « intérieurs », cela n’a jamais été facile, c’est le lot d’un petit nombre. Comprenez-moi bien : je ne parle ici d’une femme ou d’un homme d’intérieur, au sens de quelqu’un particulièrement zélé pour les tâches domestiques ou talentueux pour l’aménagement intérieur du logis ! Je parle ici de la capacité à entrer en soi-même, à faire silence en soi, à méditer, à cultiver l’esprit. N.D.Trinit__.jpg

Spontanément nous vivons, au moins pour le plus grand nombre, à l’extrême superficie de nous-mêmes. Nos relations également demeurent superficielles. Nous sommes happés par les multiples soucis de l’existence ; nous recherchons les distractions, les divertissements ; nous évitons de nous retrouver face à nous-mêmes (nous fuyons les moments d’ennui). Cette règle de la vie humaine a pris aujourd’hui une nouvelle force avec les multiples écrans, internet, les réseaux sociaux, le téléphone portable. Toutes ces choses sont bonnes en soi (ne soyons pas technophobes !), mais leur surutilisation, parfois jusqu’à l’addiction, manifeste une fois de plus, la difficulté que nous éprouvons à nous retrouver face à nous-mêmes, à plonger à l’intérieur de soi, à envisager notre condition humaine. Nous connaissons tous ces personnes que le silence angoisse, qui compulsent sans cesse leurs appareils électroniques, qui s’agitent en permanence.

Il est significatif qu’a contrario les offres de « coaching » en méditation se multiplient, le plus souvent inspirées par les techniques orientales. Les livres sur le sujet se vendent bien. Comme quoi, lorsqu’on veut chasser l’esprit, bannir l’intériorité, elle revient d’une manière ou d’une autre. L’être humain ne vit pas seulement de pain et de jeux. Les biens de consommation et les multiples offres de distraction ne nous comblent pas, ne suffisent pas à nous rendre heureux, car nous sommes des êtres d’esprit.

 

nd.mt.carmel_avon.JPGL’intériorité chrétienne, le chemin chrétien de la vie spirituelle, se caractérise par deux traits, au moins :

- D’une part, il ne s’agit pas seulement de rentrer en soi-même pour se trouver soi-même et atteindre une forme de sérénité. La paix que le Christ promet à ses disciples n’est pas la sérénité. Il ne nous a pas promis la sérénité, mais le combat et la contradiction. Sa paix est plus profonde que la sérénité – plus profonde que les orages et les tempêtes de l’existence, plus profonde que les souffrances et les désolations, qu’elle n’abolit pas. Si nous entrons à l’intérieur de nous-mêmes, c’est pour y rencontrer Quelqu’un et non pas pour nous complaire en nous-mêmes. Dieu habite notre cœur, il est présent au creux de notre être. Il y a en tout homme une profondeur, un mystère, qui fait de chacun une personne unique, à l’image de Dieu qui est Un. La méditation chrétienne est l’entretien d’une relation, comme on cultive une amitié, en se voyant souvent, en se parlant.

- Voici le second trait caractéristique : plus nous sommes des femmes, des hommes, intérieurs, plus nous nous ouvrons aux autres, au monde ; plus nous sommes présents à la réalité ; plus nous devenons d’authentiques femmes ou hommes d’action, qu’il s’agisse de petites ou de grandes actions (voir l’exemple de Thérèse d’Avila). Cultiver la vie intérieure n’isole pas, bien au contraire. La véritable vie spirituelle est l’opposé du repli sur soi : l’Esprit déplie, déploie, notre esprit, notre personne, tout notre être.

L’authentique intériorité chrétienne ne poursuit au fond qu’un seul but : collaborer à l’œuvre de l’Esprit pour qu’il nous convertisse. C’est-à-dire pour qu’il accorde nos vies à l’Amour qui est le fond et le terme de toutes choses ; pour qu’il réoriente nos vies – toujours tentées de prendre la direction opposée – dans le sens du courant de l’Amour divin.

Nous demandons à Dieu cette grâce d’un amour profondément enraciné, établi en nous, par l’intercession de Notre-Dame du Mont Carmel, Notre-Dame de l’intériorité.

 

Père Jacques de Longeaux